La dette publique approche 120 % du PIB, au-dessus de son pic de 2021 et en forte hausse depuis fin 2023. Pour préserver ses marges de manœuvre, la France doit rétablir sa soutenabilité budgétaire par une meilleure maîtrise des dépenses, complétée à court terme par davantage de recettes.
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par Lilas Demmou, Département des affaires économiques de l’OCDE
Le niveau élevé de la dette française s’accompagne d’une dynamique de plus en plus défavorable. Elle a crû fortement après la Grande Récession de 2008, en passant d’environ 65 % du PIB en 2007 à environ 100% dans les années 2015-2019. Puis elle a bondi à plus de 115% pendant la seule année 2020, à la suite de la crise du Covid. Après être redescendue à 110% fin 2023, elle a repris un rythme de hausse très rapide et pourrait, sans ajustement, atteindre 200 % en 2050.
Après des années de taux très faibles, la France se finance désormais autour de 4,5 % sur certaines maturités, tandis que l’écart de taux avec l’Allemagne est au plus haut depuis 2012. La charge d’intérêts est passée de 1,2 % du PIB en 2000 à 2,2 % en 2025 et pourrait approcher 5 % en 2050, malgré la longue maturité de la dette, soit quasiment le budget de l’éducation nationale.
Cette évolution réduit les marges de manœuvre budgétaire, freine l’investissement et la croissance en renchérissant les coûts de l’emprunt, et rend la dette encore plus difficile à stabiliser.
Engager une consolidation ambitieuse et soutenable
Une consolidation trop rapide ou mal ciblée peut néanmoins être contre-productive. Lorsque l’activité est faible, des réductions brutales de dépenses ou des hausses d’impôts sur le travail et l’investissement réduisent la demande, l’emploi et les recettes publiques. Le ralentissement du PIB peut alors limiter, voire annuler, l’amélioration du ratio d’endettement.
La consolidation doit donc suivre une trajectoire pluriannuelle crédible, ambitieuse mais adaptée à la conjoncture. Elle doit cibler les dispositifs inefficaces et privilégier les mesures les moins défavorables à la croissance. Les réformes structurelles et les objectifs pluriannuels de dépenses renforcent davantage la confiance que des mesures temporaires reconduites.
L’effort nécessaire pour stabiliser la dette est estimé à plus de 100 milliards d’euros. Les dépenses publiques représentent environ 57 % du PIB, soit 7,4 points de plus que la moyenne de la zone euro. Les prélèvements obligatoires atteignent près de 44 % du PIB et figurent parmi les plus élevés de l’OCDE. L’ajustement devra donc reposer principalement sur une meilleure maîtrise des dépenses, même si les recettes devront également y contribuer, au moins transitoirement.
Réduire les dépenses en améliorant leur efficacité
Les retraites, la santé et les affaires économiques expliquent une grande partie du niveau et de la progression des dépenses publiques. Des économies sont possibles dans ces domaines sans remettre en cause leurs objectifs essentiels.
Note : Le terme « Sécurité » fait référence à la catégorie « Ordre et sécurité publics » de la Classification des fonctions des administrations publiques (CFAP), « Culture » à la catégorie « Loisirs, culture et culte », « Famille » à la catégorie « Famille et enfants », « Maladie » à la catégorie « Maladie et invalidité », et « Services publics » à la catégorie « Services généraux des administrations publiques.
Source : Calculs de l’OCDE fondés sur la base de données des comptes nationaux de l’OCDE
Équilibrer durablement le système de retraite et mieux répartir le coût du vieillissement
Face aux pressions exercées par le vieillissement sur le système de retraite par répartition, trois instruments peuvent être mobilisés : allonger la durée d’activité, réduire les prestations ou augmenter les cotisations. En France, malgré les réformes passées, l’âge effectif de départ à la retraite reste faible et les prestations élevées par rapport aux pays similaires, tandis que les taux de cotisation sont élevés. En conséquence, il importe d’agir principalement sur les deux premiers leviers.
Cela suppose de reprendre la mise en œuvre la réforme des retraites, aujourd’hui suspendue, afin de porter l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, puis d’envisager ultérieurement de l’indexer, au moins partiellement, aux gains d’espérance de vie. Cette réforme renforcerait l’emploi des seniors, tout en renforçant la croissance potentielle et les recettes fiscales. Les réformes passées ont montré leur efficacité sur la participation des 55-59 ans, mais le taux d’emploi des 60-64 ans en France restait encore inférieur de 12,2 points à la moyenne de l’OCDE en 2025. La réforme devra s’accompagner de mesures favorisant l’emploi des seniors par l’adaptation des compétences, l’ergonomie des postes, l’aménagement du temps de travail et une meilleure gestion des carrières.
Avec un niveau de vie des retraités comparable à celui des actifs, et élevé en comparaison internationale, combiné à un patrimoine plus élevé, une modération du niveau moyen des prestations pourrait être envisagée. Plusieurs leviers sont possibles : sous-indexation temporaire des pensions, tout en protégeant les pensions plus modestes ; rapprochement de leur fiscalité de celle des actifs ou remplacement de l’abattement fiscal de 10 % pour frais professionnels par un montant forfaitaire.
Améliorer l’efficience du système de santé et renforcer la prévention
Le système de santé français obtient de bons résultats, mais des écarts d’efficience subsistent par rapport aux pays affichant de meilleurs indicateurs de mortalité évitable pour un niveau de dépenses plus élevé.
Des économies durables peuvent être obtenues par un recours accru aux médicaments génériques et biosimilaires, ainsi que par une réduction des coûts administratifs, notamment grâce à une meilleure articulation entre assurance maladie obligatoire et complémentaires. Un pilotage pluriannuel de l’ONDAM améliorerait la prévisibilité des dépenses. Enfin, la France dépense insuffisamment en prévention, notamment pour le dépistage du cancer, alors que cela contribuerait à maîtriser les coûts futurs et à améliorer l’espérance de vie en bonne santé.
Concentrer les transferts sociaux sur ceux qui en ont le plus besoin
La France assure une forte redistribution grâce à un volume élevé de transferts, mais leur ciblage peut être amélioré. Certaines prestations familiales ou aides au logement pourraient davantage tenir compte du revenu, de la composition du ménage et, lorsque cela est pertinent, du patrimoine.
Mobiliser les recettes en limitant leurs effets sur la croissance
Le redressement budgétaire ne pourra probablement pas reposer exclusivement sur les dépenses. La contribution des recettes doit cependant éviter une hausse générale des prélèvements sur le travail et l’investissement.
La priorité devrait être de réduire les dépenses fiscales les moins efficaces, économiquement comparables à des dépenses budgétaires, mais souvent moins transparentes et moins évaluées. La suppression progressive de certains taux réduits de TVA (par exemple sur la restauration ou les travaux de rénovation) dont l’efficacité économique n’a pas été démontrée ou de composantes du crédit d’impôt recherche bénéficiant aux grandes entreprises permettrait d’élargir les assiettes sans relever les taux.
Les exonérations de cotisations sociales représentent environ 80 milliards d’euros par an. Leur efficacité est établie pour les bas salaires, mais moins clairement pour les rémunérations intermédiaires. Un recentrage pourrait dégager des ressources pour réduire les impôts de production et financer la formation, qui affectent plus directement la croissance et la compétitivité.
La fiscalité pourrait être progressivement rééquilibrée du travail vers des assiettes plus larges, notamment la consommation, par la suppression graduelle des réductions sectorielles de TVA les moins efficaces ; les externalités environnementales, via une tarification des émissions complétée, à plus long terme, par une fiscalité fondée sur la congestion et les kilomètres parcourus ; ainsi que certains éléments du patrimoine, au moyen d’une rationalisation des nombreux abattements et régimes préférentiels applicables aux successions et aux plus-values latentes.
Redresser les finances publiques sans compromettre l’avenir
La consolidation budgétaire ne doit pas conduire à une baisse des dépenses d’avenir, c’est-à-dire les dépenses publiques qui favorise une croissance soutenable, comme les dépenses consacrées à la santé, à l’innovation, à l’éducation ou à la transition climatique. Une stratégie budgétaire ambitieuse, pluriannuelle et s’appuyant sur des revues de dépenses pour préserver celles les plus efficaces peut ainsi restaurer la soutenabilité de la dette tout en préservant la capacité de la France à financer durablement ses priorités.
Référence:
OCDE (2026), Études économiques de l’OCDE : France 2026, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/65cc698e-fr.
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