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Les fondements de la croissance et de la compétitivité

Les économies de l’OCDE voient s’ouvrir de nouvelles perspectives de croissance, mais surgir aussi des défis. Il sera primordial de tirer le meilleur parti de ces opportunités et de relever ces défis pour redynamiser la productivité et assurer un niveau de vie plus élevé aux générations futures.

Par Stefano Scarpetta, Chef économiste de l’OCDE et Représentant de l’OCDE au G20/G7 pour les affaires financières

Dans la zone OCDE et au-delà, les fondements de la croissance économique sont mis à rude épreuve. Au cours des deux dernières décennies, la croissance de la productivité du travail a nettement ralenti dans la plupart des pays. Ce fléchissement s’explique par la conjonction de divers goulets d’étranglement structurels : atonie de l’investissement des entreprises, perte de dynamisme des entreprises, ralentissement de la diffusion des technologies et affaiblissement du rythme d’accumulation du capital humain. La croissance de l’emploi a bien résisté, mais de nombreux pays doivent faire face au grand défi du vieillissement démographique qui aura des effets sur la capacité de la main-d’œuvre à soutenir la croissance.

Dans le même temps, les progrès rapides de l’intelligence artificielle et des technologies numériques ouvrent la perspective d’une nouvelle vague de gains de productivité s’inscrivant dans la durée. La concrétisation des gains de productivité durables que laissent envisager les nouvelles technologies dépendra essentiellement des cadres de politique structurelle.

Cette première édition de la publication intitulée Les fondements de la croissance et de la compétitivité arrive à un moment charnière. La dynamique des réformes structurelles s’est essoufflée dans de nombreux pays de l’OCDE, mais il est de plus en plus nécessaire que les pays restent compétitifs et résilients dans un paysage mondial caractérisé par des transformations structurelles et des chocs géopolitiques et commerciaux sans précédent. Pour aider les pays à faire face à ces enjeux, sont présentés dans le rapport des outils pratiques à l’intention des responsables de l’action publique, notamment une plateforme en ligne complète de données, élaborée dans le cadre d’un dialogue itératif avec les autorités nationales, permettant d’identifier les goulets d’étranglement structurels et de dégager des priorités sur mesure en matière de réforme pour 48 pays.

La pérennité de la prospérité est conditionnée par la solidité de l’ancrage des conditions qui la favorisent : un capital humain de qualité, des institutions robustes, une gouvernance efficace, des infrastructures fiables, un approvisionnement énergétique abordable et sûr et la stabilité macroéconomique.

Dans tous les pays, le renforcement des systèmes de compétences et de l’apprentissage tout au long de la vie apparaît comme l’une des priorités de réforme les plus fréquemment citées dans ce rapport, priorité dont la finalité est aussi de promouvoir une adoption effective des outils numériques, et en particulier des outils d’IA. À l’heure où l’intelligence artificielle et la transformation numérique remodèlent la production et le fonctionnement des entreprises, l’adaptabilité de la main-d’œuvre devient un avantage concurrentiel décisif. Les pays qui œuvrent au développement de l’enseignement professionnel, à l’élargissement de l’accès à la formation tout au long de la vie et au resserrement des liens entre les universités et les marchés du travail seront mieux à même de s’adapter à l’évolution des besoins des entreprises.

La qualité des institutions et l’efficience des processus réglementaires sont tout aussi fondamentales. L’existence de cadres réglementaires prévisibles, transparents et bien conçus conforte la confiance et réduit l’incertitude. La solidité des institutions est un facteur d’amélioration de la répartition des ressources en même temps qu’un socle pour les incitations de marché. En période d’incertitude géopolitique et économique accrue, la stabilité macroéconomique et les cadres budgétaires, s’ils sont robustes, restent des points d’ancrage essentiels.

Ces conditions favorables ne sont toutefois pas suffisantes. Les marchés doivent également fonctionner efficacement pour promouvoir le dynamisme économique, la diffusion des technologies et l’investissement des entreprises. Lorsque ces dynamiques faiblissent, les politiques publiques visant à renforcer la concurrence et à réduire les obstacles réglementaires deviennent plus importantes. C’est pourquoi l’amélioration de la réglementation des marchés de produits et des régimes d’insolvabilité est une autre priorité cruciale en matière de réforme mise en évidence dans tous les pays. Des recommandations sont également ébauchées dans le domaine fiscal, sachant que des systèmes fiscaux mal conçus peuvent fausser les incitations et décourager l’investissement.

La mobilité et le taux d’activité de la main-d’œuvre restent également des facteurs déterminants pour la compétitivité et l’amélioration de l’accès des travailleurs à des emplois de qualité. Réduire les obstacles à la participation au marché du travail – en particulier des femmes, des travailleurs âgés et des groupes sous-représentés – tout en renforçant les incitations au travail, en améliorant l’employabilité et en élargissant l’accès à des services de garde d’enfants abordables, peut être un moyen de rehausser tant l’équité que l’efficience. Des politiques du logement qui facilitent la mobilité et des systèmes fiscaux qui élargissent la base d’imposition tout en limitant les distorsions peuvent encore accroître l’efficacité de la répartition des ressources.

S’ils peuvent s’appuyer sur des fondements solides et sur des incitations de marché efficaces, les pouvoirs publics sont en mesure de mieux orienter l’activité économique en fonction des priorités stratégiques. La politique d’innovation, la sécurité énergétique et la transition vers les énergies propres sont des domaines dans lesquels des actions ciblées et élaborées avec soin peuvent remédier aux défaillances du marché et soutenir la croissance à long terme. Les aides publiques à la recherche-développement peuvent, conjuguées à la présence d’un capital humain de qualité et de marchés concurrentiels, débloquer l’investissement privé. Des réformes du marché de l’énergie visant à abaisser les obstacles à l’entrée et à encourager l’investissement dans les énergies renouvelables peuvent permettre de progresser à la fois sur le plan de la résilience et de la compétitivité.

Un message essentiel délivré dans le présent rapport est que les réformes structurelles sont d’autant plus efficaces qu’elles sont cohérentes et complémentaires. Les réformes des marchés de produits ont pour effet d’amplifier l’impact des politiques destinée à augmenter le capital humain. La solidité des cadres budgétaires est un gage de renforcement de la confiance et une condition pour inscrire les réformes dans la durée. Les complémentarités entre les politiques sont particulièrement importantes dans un contexte de transformations technologiques et démographiques majeures.

Si les avantages à long terme qu’elles peuvent procurer sont dûment attestés, la faisabilité politique des réformes est souvent tributaire de leurs effets à court terme sur les politiques publiques. En présentant des exemples qui illustrent comment certaines réformes influent sur les résultats économiques à court terme, la présente publication nourrit la réflexion sur la conception et la mise en œuvre de trains de réformes qui soient efficaces sur le plan économique et suscitent en même temps un soutien large et sans réserve. Il peut être utile, pour entretenir la dynamique de réforme, de comprendre les effets transitoires, d’anticiper les effets redistributifs et de déployer des mesures complémentaires.

Les réformes structurelles jouent également un rôle décisif dans le renforcement de la viabilité des finances publiques. En période d’endettement public élevé et de montée des tensions sur les dépenses, les réformes propices à la croissance offrent une voie pour améliorer la dynamique de la dette sans s’appuyer exclusivement sur l’assainissement budgétaire. Si elles aboutissent à l’élargissement des bases d’imposition et à l’amélioration de l’efficience des administrations publiques et contribuent à stimuler le dynamisme économique, les réformes peuvent renforcer à la fois la résilience et la prospérité à long terme.

Enfin, la compétitivité n’est pas un jeu à somme nulle. Les économies qui consolident leurs fondations nationales participent au fonctionnement d’une économie mondiale plus dynamique et plus résiliente. L’objectif n’est pas simplement d’accélérer la croissance, mais d’assurer une croissance durable, tirée par l’innovation et compatible avec la durabilité environnementale et la cohésion sociale.

Les économies de l’OCDE voient s’ouvrir de nouvelles perspectives de croissance, mais surgir aussi des défis. Il sera primordial de tirer le meilleur parti de ces opportunités et de relever ces défis pour redynamiser la productivité et assurer un niveau de vie plus élevé aux générations futures.

Les fondements de la croissance doivent maintenant être rebâtis avec détermination et résolution.

Éditorial tiré de la publication de l’OCDE : Les fondements de la croissance et de la compétitivité

Références:

OCDE (2026), Les fondements de la croissance et de la compétitivité 2026, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/df51b240-fr.


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