Insertion de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales et rôle des entreprises offshore

Isabelle Joumard, responsable du bureau Tunisie, Département d’Économie de l’OCDE

L’ouverture de la Tunisie aux échanges internationaux a fortement progressé depuis le milieu des années 90, témoignant des avantages comparatifs du pays. Les exportations ont sensiblement augmenté, tirées par le secteur manufacturier, avec une transformation en faveur de secteurs plus intensifs en technologie et en compétences.  De plus, l’analyse des échanges commerciaux sur la base de la valeur ajoutée remet en cause la perception selon laquelle les activités à faible teneur en valeur ajoutée dominent. Cette analyse montre aussi que le degré d’intégration de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales est similaire à celui de pays de l’OCDE, le Portugal notamment, et supérieur à celui de nombreux pays émergents. La montée en gamme et la diversification des exportations augurent de plus d’un potentiel de croissance de l’économie tunisienne élevé.

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Cette bonne performance à l’exportation est pour l’essentiel le fait d’entreprises entièrement exportatrices (dites offshores). Le secteur offshore dégage un excédent commercial croissant. La contribution des entreprises du secteur à la création d’emplois formels a aussi augmenté – en 2016, les entreprises du secteur offshore contribuaient à hauteur de 34% des emplois formel du secteur privé – alors que le travail informel reste un problème majeur (environ 50% des jeunes). Néanmoins, ces entreprises sont pour l’essentiel localisées proches des ports, contribuant à la concentration géographique de l’activité économique. En outre, l’effet d’entrainement sur le reste de l’économie est faible : les entreprises offshore s’approvisionnent peu sur le marché local et servent rarement la demande locale. La complexité des procédures douanières, fiscales et administratives est perçue par les entreprises comme une barrière aux échanges avec les entreprises du régime onshore. De leur côté, les entreprises du secteur onshore sont pénalisées par des difficultés lors du passage en douane de leurs produits et des services logistiques peu performants.

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La levée des contraintes à l’exportation rencontrées par les entreprises du secteur onshore et le décloisonnement entre régimes offshore et onshore permettraient à la Tunisie de se hisser dans les chaines de valeur mondiales et d’en tirer plus d’avantages, notamment en termes de progrès technologique, de création d’emplois et de richesse.

Références :

Joumard I., S. Dhaoui et H. Morgavi (2018), « Insertion de la Tunisie dans les chaines de valeur mondiales et rôle des entreprises offshore », Document de travail du Département d’Économie N°1478.

OCDE (2018), Étude économique de l’OCDE sur la Tunisie.

 

 


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