Carbon tax, emissions reduction and employment: Some evidence from France

by Damien Dussaux, Economist, OECD Environment Directorate

In September 2019 the French Parliament adopted the law on energy and climate which enshrines in the French law the objective of Carbon Neutrality by 2050, in line with the 2015 Paris Climate Agreement. Achieving carbon neutrality in France will require a drastic decrease in greenhouse gas (GHG) emissions of 75% by 2050 compared to 1990 levels.

To ensure this target is met, the French government developed a “National Low Carbon Strategy”, which acts as a roadmap for implementing a low-emission transition in each sector of the economy. For example, GHG emissions from industry account for almost one fifth of emissions in France, equivalent to total GHG emissions of Romania, and, under the proposed sectoral plan, will be reduced by a quarter within the next ten years.

France is currently employing two main carbon pricing mechanisms:

  1. European Union Emissions Trading System (EU-ETS), which has been in place since 2005 and covers 75% of French industrial emissions.
  2. A carbon tax on fossil fuel consumption, starting at 7 euros per tonne of CO2 and now amounting to 45 euros per tonne, in place since 2014.

These increasingly stringent carbon pricing policies have taken place in a period of rising industrial energy costs generating concerns about their impact on the competitiveness of the manufacturing sector. At first glance, such concerns appear to be borne out. Recent trends show real output and total employment in the sector decreased by 5% and 26%, respectively, between 2001 and 2016.

However, a recent OECD report, shed another light on this issue. This study is the first to estimate the impact of energy prices and carbon taxes on the environmental and economic performance using data at the firm and industry level.

What does the OECD study tell us?

  1. At the firm level, a 10% increase in energy costs results in a 6% decline in energy use, a 9% decrease in carbon emissions, and a 2% decrease in the number of full-time employees within one year. However, these jobs are not lost, but are reallocated to other firms.
  2. At the industry level, there is no statistical link between energy prices and net job creation, indicating that jobs lost at affected firms are compensated by increases in employment in other firms operating in the same sector during the same year.

These effects vary both between industries and according to the size of the firm and their energy intensity: For example,

  • When facing the same increase in the energy cost, firms in the wearing apparel industry reduces their carbon emissions twice as much as firms producing non-metallic minerals.
  • Reallocation of workers in the food products industry is half the reallocation in the basic metals industry.
  • On average, large and energy intensive firms experience greater reduction in carbon emissions and greater job reallocation than smaller and energy efficient firms.

With this, the paper is able to measure the causal effect of the carbon tax on the aggregate manufacturing sector since its introduction in 2014. Figure 1 plots the carbon tax on the left axis (green line) together with the impacts of the carbon tax on the French manufacturing sector’s jobs (purple line) and carbon emissions (red line) on the right axis. In five years, the carbon tax decreased carbon emissions by 5%. The net effect on employment is much smaller in magnitude and even slightly positive at +0.8%.

Impact of the French carbon tax on aggregate jobs and CO2 emissions

Finally, the paper considers a scenario where the carbon tax is doubled from its current rate of 45 € per tonne of CO2. Figure 2 shows the simulated effect of the tax increase on job reallocations and carbon emissions for each manufacturing industry. These job reallocations are not net job losses, but the number of people forced to change jobs (within the same industry or between industries).

The impact of a doubling of the carbon tax on job reallocations and CO2 emissions

A simulated doubling of the carbon tax highlights significant heterogeneity across sectors. Several industries such as furniture, wood products, paper, and textiles experience large reductions in carbon emissions with little job reallocation. On the contrary, the motor vehicles and the plastic industries experience larger job reallocations and smaller declines in carbon emissions. Other industries such as metal products experience large job reallocation and emissions reduction because of their size.

Higher energy prices and carbon taxes are effective at reducing carbon emissions, but costs of job reallocation must be considered…

Although the carbon tax enables the French manufacturing sector to meet its carbon budget and does not affect total employment negatively, it however generates non-negligible job reallocations in several industries. Because these reallocation effects have redistributive implications and generate costs for workers who are forced to change jobs, these results call for complementary labour market policies that minimise those costs on affected workers and ease between-firms adjustments in employment. Moreover, since these transition costs are typically highly localised in regions specialised in polluting activities, they can also translate into potentially significant regional effects and thus political costs.

References:

Dussaux, D. (2020), “The joint effects of energy prices and carbon taxes on environmental and economic performance: Evidence from the French manufacturing sector”, OECD Environment Working Papers, No. 154, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/b84b1b7d-en.




Taxe carbone : quel impact environnemental et économique dans le secteur manufacturier français ?

par Damien Dussaux, Economist, Direction de l’environnement, OCDE

En septembre 2019, le Parlement français a adopté la loi climat-énergie qui fixe l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, conformément à l’accord de Paris sur le climat de 2015. La neutralité carbone implique de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 75 % d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990 et de compenser les émissions résiduelles par la capture et le stockage du carbone présent dans l’atmosphère.

Afin d’atteindre cet objectif, le gouvernement français a élaboré une “Stratégie Nationale Bas-Carbone”, qui sert de feuille de route pour la transition vers de faibles émissions de carbone dans chaque secteur de l’économie. Par exemple, les émissions de GES de l’industrie – qui représentent près d’un cinquième des émissions en France, soit l’équivalent des émissions totales de GES de la Roumanie – devront être réduites d’un quart au cours des dix prochaines années selon le plan sectoriel proposé.

La France met actuellement en œuvre deux principaux mécanismes de tarification du carbone afin d’inciter les acteurs économiques à réduire leurs émissions. Le système européen d’échange de quotas d’émission (SEQE-UE), en place depuis 2005, couvre 75 % des émissions industrielles françaises. En 2014, la France a également introduit une taxe carbone sur la consommation de combustibles fossiles, qui a débuté à 7 euros par tonne de CO2 et s’élève désormais à 45 euros par tonne.

Ces politiques de tarification du carbone de plus en plus ambitieuses ont été mises en place dans un contexte de hausse des coûts énergétiques dans l’industrie et suscitent des inquiétudes quant à leurs impacts sur la compétitivité du secteur manufacturier français. À première vue, ces préoccupations semblent être justifiées par les tendances récentes, puisque la production et l’emploi total dans le secteur ont diminué respectivement de 5 % et 26 % entre 2001 et 2016.

Un récent rapport de l’OCDE, “Les effets conjugués des prix de l’énergie et de la taxe carbone sur la performance économique et environnementale des entreprises françaises du secteur manufacturier“, apporte un éclairage sur cette question. Cette étude est la première à estimer l’impact des prix de l’énergie et de la taxe carbone sur la performance environnementale et économique des entreprises françaises à partir de données à la fois au niveau des entreprises et au niveau des branches d’activité.

Le rapport combine des données sur la consommation d’énergie et les émissions de carbone au niveau des entreprises provenant de l’enquête annuelle sur la consommation d’énergie dans l’industrie (EACEI) de l’Insee avec les données sur les performances financières et économiques de la Direction Générale des Finances Publiques. L’ensemble des données couvre 8 000 entreprises françaises observées annuellement sur une période de seize ans (2001 à 2016) et qui sont représentatives de l’ensemble du secteur manufacturier.

Que nous apprend l’étude de l’OCDE ?

Le premier enseignement de l’étude est qu’au niveau des entreprises, une augmentation de 10 % des coûts énergétiques entraîne à court terme une baisse de 6 % de la consommation d’énergie, une diminution de 9 % des émissions de carbone et une diminution de 2 % du nombre d’employés à temps plein. Toutefois, ces emplois ne sont pas détruits car les salariés concernés sont embauchés dans d’autres entreprises. Au niveau de l’industrie, l’étude ne trouve aucun lien statistique entre les prix de l’énergie et la destruction nette d’emplois, ce qui indique que les emplois détruits dans les entreprises touchées sont compensés par des embauches dans d’autres entreprises de la même branche d’activité au cours de la même année.

Deuxièmement, ces effets varient d’une industrie à l’autre et en fonction de la taille et de l’intensité énergétique des entreprises. Par exemple, face à une même augmentation du coût de l’énergie, les entreprises de l’industrie de l’habillement réduisent leurs émissions de carbone deux fois plus que les entreprises produisant des minéraux non métalliques. Le redéploiement des travailleurs dans l’industrie agroalimentaire est deux fois moins important que dans l’industrie métallurgique. En moyenne, les grandes entreprises à forte intensité énergétique réduisent davantage leurs émissions de carbone et redéployent davantage de salariés que les petites entreprises efficaces en énergie.

Le rapport est ainsi en mesure de quantifier l’effet causal de la taxe carbone sur le secteur manufacturier depuis son introduction en 2014. La Graphique 1 montre la taxe carbone sur l’axe de gauche (ligne verte) ainsi que les impacts de la taxe carbone sur l’emploi total du secteur manufacturier français (ligne violette) et ses émissions de carbone (ligne rouge) sur l’axe de droite. En cinq ans, la taxe carbone a permis de réduire les émissions de carbone d’environ 5 %. L’effet net sur l’emploi est beaucoup plus faible et même légèrement positif à +0,8 %.

Enfin, le rapport envisage un scénario dans lequel le taux de la taxe sur le carbone serait doublé par rapport à son taux actuel de 45 € par tonne de CO2. Le Graphique 2 montre l’effet simulé de l’augmentation de la taxe sur les redéploiements de salariés et les émissions de carbone pour chaque branche d’activité. Ces redéploiements de salariés ne sont pas des pertes nettes d’emplois, mais le nombre de personnes contraintes de changer d’emploi (au sein d’une même industrie ou entre industries).

La simulation du doublement du taux de la taxe carbone met en évidence une grande hétérogénéité entre les branches d’activités. Plusieurs secteurs, tels que l’ameublement, les produits du bois, le papier et le textile, connaissent de fortes réductions de leurs émissions de carbone, avec un faible redéploiement de salariés. Au contraire, les secteurs de l’automobile et du plastique connaissent des redéploiements de salariés plus importants et des diminutions plus faibles de leurs émissions de carbone. D’autres industries, telle que celle des produits métalliques, combinent une forte réaffectation des emplois et une réduction considérable des émissions en raison de leur taille importante.

La hausse des prix de l’énergie et de la taxe carbone permet de réduire les émissions de carbone, mais les coûts liés aux redéploiements de salariés doivent être pris en compte…

Si la taxe carbone permet au secteur manufacturier français de respecter son budget carbone et n’affecte pas négativement l’emploi total, elle génère cependant des redéploiements de salariés non négligeables dans plusieurs branches d’activité. Parce que ces redéploiements ont des impacts redistributifs et génèrent des coûts pour les travailleurs qui sont contraints de changer d’emploi, ces résultats mettent en évidence la nécessité de mettre en place des politiques complémentaires sur le marché du travail qui minimisent les coûts pour les travailleurs concernés et facilitent les ajustements en termes d’emplois entre les entreprises. En outre, comme ces coûts de transition sont généralement fortement localisés dans des régions spécialisées dans les activités industrielles énergivores, ils peuvent également se traduire par des effets régionaux potentiellement importants et donc par un coût politique élevé.

Référence:

Dussaux, D. (2020), “Les effets conjugués des prix de l’énergie et de la taxe carbone sur la performance économique et environnementale des entreprises françaises du secteur manufacturier”, OECD, No. 154, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/b8ca827a-fr.




Le temps de travail en France : comment expliquer sa faiblesse relative ?

par Antoine Goujard, Bureau France, Département économique de l’OCDE

Le temps de travail en France : comment expliquer sa faiblesse relative ?

Les débats sur le temps de travail font rage et
les statistiques diffèrent d’une étude à l’autre.
Ce blog clarifie les statistiques sur le temps de
travail sous trois angles : le nombre d’heures travaillées, bien sûr, mais
également l’emploi, et la durée du travail sur la vie active, ou dit autrement
combien de temps passent les Français au travail et à la retraite. Le résultat
est frappant : les Français qui travaillent le font autant que dans les
autres pays de l’OCDE, mais les Français sont moins souvent employés et
travaillent aussi moins longtemps sur la durée de leur vie, ce qui nuit à la
fois à leur pouvoir d’achat et à leur retraites. On peut argumenter qu’il
s’agit d’un choix de société, mais étant donné les coûts de ce choix, notamment
en finançant les retraites plus longues plutôt que d’autres priorités
collectives, il est essentiel de clarifier ces données, les coûts et les
implications de ces choix.

Les Français, qu’ils soient salariés ou non salariés, travaillent en moyenne moins chaque année que dans la moyenne des pays de l’OCDE, avec 1526 heures travaillées pour 1751 dans la moyenne des pays de l’OCDE en 2016. Cet écart a été relativement stable sur les 20 dernières années (Figure 1). Issues de la comptabilité nationale, ces données sur les heures travaillées représentent le nombre total d’heures effectivement travaillées par an divisées par le nombre de personnes en emploi (salariés et/ou travailleurs indépendants) par an. Les heures effectives comprennent les heures de travail à plein temps, temps partiel et pour les personnes ayant un travail irrégulier, les heures supplémentaires payées ou non, les heures dues à un travail additionnel, et excluent le temps effectivement non travaillé pour jours fériés, et les congés pour raisons diverses et heures chômées pour des raisons techniques ou économiques, grèves et autres mouvements sociaux, compensation chômage ou autres raisons.

Ce sont surtout ces jours non-travaillés qui expliquent la différence en heures annuelles de la France par rapport aux autres pays de l’OCDE. Les heures travaillées dans une semaine habituelle sont en France en ligne avec la moyenne de l’OCDE. Les travailleurs français, salariés ou indépendants, effectuent 37,2 heures par semaine habituelle (i.e. excluant les congés et autres absences) pour 37,3 en moyenne dans l’OCDE (Figure 2, Panneau A). Certes, les salariés à temps plein travaillent moins en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE lors d’une semaine habituelle, à 38,9 heures hebdomadaires pour 40,1 dans l’OCDE (Panneau B). Cependant, le nombre de travailleurs à temps partiel ou irréguliers est inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE (Panneau C) et le temps de travail sur une semaine habituelle des salariés à temps partiel est plus important en France que dans la moyenne des pays de l’OCDE (Panneau D).

Outre, le temps de travail des actifs occupés, il est
essentiel de considérer les périodes de chômage et d’inactivité.
L’emploi est nettement plus faible en
France que dans les autres pays de l’OCDE : le taux d’emploi total (le
ratio du nombre de personnes employées par la population de 15 à 64 ans) s’élèvait à 65,6% au quatrième trimestre 2018, inférieur de trois points à
la moyenne OCDE. L’emploi est tiré à la baisse par le faible emploi des jeunes
et des personnes agées de plus de 55 ans (Figure 3, panneau A). Alors que 80,8%
des personnes entre 25 et 54 ans travaillent en France pour 78,6% dans
l’ensemble de l’OCDE, seuls 30,5% des 15-24 ans sont en emploi pour 42% dans
l’OCDE. Pour les 55-64 ans c’est seulement 52,6% des Français qui sont en
emploi, pour 61,7% en moyenne dans le reste de l’OCDE. Les statistiques sont
similaires pour le taux de participation au marché du travail, ce qui suggère
un problème d’employabilité plutôt que de découragement, en lien avec les
compétences relativement faibles d’une part importante de la population (OCDE,
2019).

La France a du mal à intégrer les jeunes dans l’emploi, notamment les moins qualifiés, et presqu’autant à maintenir dans l’emploi les plus de 54 ans. Pour les plus jeunes, la faiblesse des taux d’emploi s’explique principalement par des difficultés ciblées d’intégration au marché du travail. Le taux de scolarisation des 20-29 ans (20,4 %) est inférieur à la moyenne de l’OCDE (28,6 %) et les taux d’emploi en sortie d’étude sont beaucoup plus faibles que dans la moyenne des pays Européens pour les moins qualifiés (Boone et Goujard, 2019). Pour les plus de 54 ans, la durée du travail est faible alors que l’espérance de vie, notamment en bonne santé, est élevée, d’où la question du financement des retraites. On travaille moins longtemps sur le cycle de vie en France qu’ailleurs dans l’OCDE : l’âge effectif de sortie du marché du travail est le second plus bas de tous les pays de l’OCDE pour les hommes et le septième plus bas pour les femmes (Figure 3, panneau B). L’âge effectif de sortie du marché du travail prend en compte tous ceux qui sortent de la population active au-delà de 40 ans, y compris pour des raisons d’inactivité ou d’invalidité.

En raison des faiblesses du marché du travail, un taux
d’emploi moins élevé chez les jeunes et les plus de 54 ans, des difficultés d’intégration
au marché du travail des moins qualifiés, et de cet âge de retrait du marché du
travail faible, la durée de cotisation
au système de retraite est actuellement plus faible qu’ailleurs en Europe

(la durée de cotisation nécessaire pour recevoir une retraite à taux plein est cependant
appelée à augmenter progressivement de 41 ans et 2 trimestres en 2019 pour
atteindre 43 ans en 2035 pour les générations nées en ou après 1973). En 2017,
les Français partant en retraites ont en moyenne travaillé 34,5 années avant la
retraite contre 35,6 dans l’Union Européenne (à 27) (Commission Européenne,
2018), alors même que l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé
sont élevées. La durée de de vie passée
à la retraite est ainsi parmi les plus élevées de l’OCDE, à 25 ans soit 5 ans
de plus que la moyenne de l’OCDE
.

En
conclusion, la faiblesse relative du temps de travail  en France provient
à la fois de choix de société et d’un mauvais fonctionnement du marché du
travail.
Les congés élevés, l’âge d’ouverture des droits et les
autres paramètres du système de retraite rentrent dans la première catégorie.
La question est de savoir si ces choix sont finançables et s’ils ne se font pas
au détriment d’autres objectifs. Il s’agit donc avant tout de choix politiques.
L’autre source de la faiblesse relative du temps de travail tient aux
insuffisances du marché du travail, comme les difficultés d’insertion des
jeunes et moins jeunes et les discriminations à l’emploi, le temps partiel
subi, sans compter la persistance d’un chômage élevé.

Augmenter le temps de travail en France nécessite donc une stratégie globale. En premier lieu, il est urgent d’agir pour l’emploi des jeunes, seniors et moins qualifiés , c’est-à-dire faciliter l’accès à la formation professionnelle et améliorer la qualité de celle-ci, ainsi que développer davantage l’apprentissage et l’accompagnement, en lien avec les réformes en cours. Réduire les recours excessifs aux contrats courts permettrait aussi de favoriser le développement des CDI et de limiter la récurrence de certains épisodes de chômage. En second lieu, même si l’âge de départ à la retraite est un choix de société, les coûts d’un départ précoce tant pour les individus (retraites plus basses) que pour la société (renoncement à d’autres projets collectifs) peuvent être très élevés. Revoir les pénalités et primes de retraite en fonction de l’âge de départ permettrait que ces coûts soient mieux intégrés dans les choix individuels. Aligner les paramètres des différents systèmes de retraites améliorerait aussi significativement la lisibilité du système et la mobilité de la main-d’œuvre, en ligne avec la réforme engagée.

Bibliographie

Boone, L. and A.
Goujard (2019), La France, les inégalités et l’ascenseur social. https://oecdecoscope.blog/2019/02/25/la-france-les-inegalites-et-lascenseur-social/.

Commission Européenne (2018), “The 2018 Ageing Report –
Economic & Budgetary Projections for the 28 EU Member States (2016-2070)”, Institutional Paper, No 79, https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/economy-finance/ip079_en.pdf

OCDE (2014),
Vieillissement et politiques de l’emploi : France 2014 – Mieux travailler avec
l’âge, Éditions OCDE, Paris. https://doi.org/10.1787/9789264206847-fr.

OCDE (2019), Études économiques de l’OCDE : France 2019, Éditions OCDE, Paris. https://doi.org/10.1787/10f0135f-fr




Boosting growth in France and making reforms beneficial to all

by Antoine Goujard and Pierre Guérin, France Desk, OECD Economics Department

The French economy is slowing, but less
than its neighbours. The French authorities have engaged a significant reform
agenda that should be complemented with particular care for inequality issues.
Income
per capita growth has lagged the euro area average (Figure 1). The 2019 OECD
Economic Survey
,
launched on 9 April 2019 by the OECD Secretary General and the
Minister of Finance, points that there is a need to boost growth and ensure
that the gains of reforms reach low-income households.

Reforms need to be beneficial to all and improve the prospects of low-income populations.
The recent “yellow vest” demonstrations have shown that gains of reforms
seem elusive for part of the population. Income per capita when corrected by
household composition has been flat for the past ten years (Figure 2). Employment
rates, notably for the youth, low skilled and older workers are low, and
economy-wide productivity has declined as in many other OECD countries.
Moreover, weak social mobility tends to perpetuates economic and social
situations from one generation to the next, despite the relatively low poverty
rate after taxes and transfers (Boone and Goujard, 2019).

What will it take to reach more
sustainable growth and make sure that it benefits all?

The
government’s reform agenda is significant.
The “PACTE” law would strengthen
business dynamism and firm growth. Comprehensive labour reforms, lower business
and labour taxes and a welcome productivity-enhancing public investment plan would
help raise medium-term growth and boost employment. Spending reviews and a
planned pension reform are set to increase the effectiveness of public
expenditures and make room for tax cuts, while preserving public investment.
OECD estimates, covering a broad part of ongoing reforms and based on the
experience of other OECD countries (Akgun et al., 2017; Causa et al. 2016),
show that, if fully implemented, these measures could boost GDP per capita by
3.2% at a ten-year horizon and would mostly benefit middle- and lower-middle
income households in the medium term (Figure 3).

Looking
forward, France should capitalise on this reform agenda and take further
measures to increase high-quality jobs, improve social mobility and raise
public spending efficiency.
Additional measures could do much to boost employment and
productivity, and to ensure higher equality of opportunity, while lifting the
average annual growth rate and helping to reduce firmly the public debt-to-GDP
ratio. Such measures could push GDP per capita gains to 5% at a ten-year
horizon. This is among the key policy insights of the OECD’s 2019
Economic Survey of France:

  • Raising
    well-being will depend on strengthening skills and greater inclusion of
    low-skilled workers in the labour force
    . This requires increasing
    the quality of education from an early age and reforms to ensure high-quality lifelong
    training programmes benefit everyone. Regularly evaluating vocational training
    and subsidised job programmes, will improve their quality. Increasing
    the relative cost of short-term hiring and reforming the unemployment insurance
    system would reduce incentives for recurrent short-term employment periods and
    unemployment spells that weigh on the career prospects of low-skilled and
    younger workers.
  • Continuing
    to reduce administrative barriers to entry and unduly restrictive regulations
    will raise competitive pressures and ensure favourable conditions for young and
    dynamic firms.
    Continuing to reduce the administrative burden could
    ease firm entry and growth. Moreover, entry and conduct regulations remain
    stringent in several professional services – such as accountants, notaries and
    pharmacists – weighing on productivity and employment. To ensure such
    regulations are in the public interest, reviewing existing regulations from a
    competition perspective would be helpful.
  • Reducing
    the public spending-to-GDP ratio is needed to improve the fiscal position, and
    lower tax rates in the long run, particularly on labour
    .
    Government spending policies should focus on ensuring investment and social
    spending are better targeted to increase efficiency. Streamlining the tax system would also
    support economic activity. Reviewing some narrow-based low-revenue taxes
    that affect businesses would simplify the tax system. VAT exemptions and
    reduced rates are also sizeable and some of them benefit too little low-income
    households.

References

OECD (2019), OECD Economic
Surveys: France 2019
, OECD Publishing, Paris. http://www.oecd.org/eco/surveys/france-economic-snapshot/

Boone, L. and A. Goujard
(2019), France, inequality and the social
elevator
. https://oecdecoscope.blog/2019/02/25/la-france-les-inegalites-et-lascenseur-social/.

Akgun, O., B. Cournède
and J. Fournier (2017), “The effects of the tax mix on inequality and growth”, OECD Economics Department Working Papers,
No. 1447, OECD Publishing, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/c57eaa14-en.

Causa, O., M. Hermansen
and N. Ruiz (2016), “The Distributional Impact of Structural Reforms”, OECD Economics Department Working Papers,
No. 1342, OECD Publishing, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/5jln041nkpwc-en.




Stimuler la croissance en France et s’assurer que les réformes profitent à tous

par Antoine Goujard et Pierre Guérin, Bureau de la France, Département Économique de l’OCDE

L’économie française ralentit, mais moins que ses voisins. La France a lancé un programme de réformes significatif, auquel elle doit associer un soin particulier aux inégalités. En effet, le revenu par habitant a progressé moins vite que dans la moyenne de la zone euro (Graphique 1). L’étude économique de l’OCDE : France 2019, lancée le 9 avril 2019 par le Secrétaire général de l’OCDE et le ministre de l’Économie et des Finances, montre qu’il est nécessaire de continuer de stimuler la croissance et de faire en sorte que les gains des réformes atteignent les ménages les plus modestes.

Les réformes doivent profiter à tous et améliorer les perspectives des ménages à faibles revenus. Les manifestations des « gilets jaunes » ont montré que les gains des réformes en cours n’étaient pas perçus par une partie de la population. Le revenu réel par habitant corrigé de la structure des ménages est resté inchangé depuis dix ans (Graphique 2). Les taux d’emploi, en particulier chez les jeunes, les travailleurs peu qualifiés et âgés, sont faibles et la productivité de l’ensemble de l’économie a diminué, comme dans de nombreux autres pays de l’OCDE. De plus, la faible mobilité sociale tend à perpétuer les situations économiques et sociales d’une génération à l’autre, malgré un taux de pauvreté relativement bas après impôts et transferts (Boone et Goujard, 2019).

Comment atteindre une croissance plus durable et s’assurer qu’elle profite à tous ?

Le programme de réforme du gouvernement est ambitieux. La loi Pacte devrait renforcer le dynamisme de l’économie et la croissance des entreprises. Des réformes importantes du marché du travail, une réduction des prélèvements sur les entreprises et le travail et un plan d’investissement public favorable à l’amélioration de la productivité devraient aussi contribuer à stimuler la croissance et l’emploi à moyen terme. Les revues de dépenses et la réforme des retraites envisagée devraient renforcer l’efficacité des dépenses publiques et donner des marges de manœuvre pour réduire les impôts, tout en préservant l’investissement public. Les estimations de l’OCDE, qui couvrent une grande partie des réformes en cours et reposent sur l’expérience d’autres pays de l’OCDE (Akgun et al., 2017 ; Causa et al., 2016), montrent que si elles étaient pleinement mises en œuvre, ces mesures pourraient augmenter de 3,2 % le PIB par habitant à un horizon de dix ans et profiteraient principalement aux catégories de revenus moyenne et moyenne inférieure à moyen terme (Graphique 3).

À l’avenir, la France devrait capitaliser sur ce programme de réformes et prendre de nouvelles mesures pour augmenter le nombre d’emplois et leur qualité, améliorer la mobilité sociale et accroître l’efficacité des dépenses publiques. Des mesures supplémentaires pourraient grandement contribuer à stimuler l’emploi et la productivité et garantir une plus grande égalité des chances. En relevant le taux de croissance annuel moyen, elles aideraient aussi à inscrire la dette publique rapportée au PIB sur une trajectoire résolument descendante. De telles mesures pourraient porter les gains en termes de PIB par habitant à 5 % à un horizon de dix ans. C’est l’une des conclusions des principaux éclairages sur l’action publique de l’étude économique de l’OCDE : France 2019 :

  • L’amélioration du bien-être dépendra du renforcement des compétences et de la plus grande inclusion des travailleurs peu qualifiés dans la population active. Cela nécessite d’accroître la qualité de l’éducation dès le plus jeune âge et de mettre en œuvre des réformes pour garantir des programmes de formation continue de haute qualité profitant à tous. Une évaluation régulière des programmes de formation professionnelle et d’emploi subventionné améliorera leur qualité. Augmenter les coûts relatifs des contrats courts et réformer le système d’assurance-chômage réduiraient les incitations aux périodes récurrentes d’activité partielle et de chômage qui pèsent sur les perspectives de carrière des travailleurs peu qualifiés et des jeunes.

  • Poursuivre la réduction des obstacles administratifs à l’entrée et des réglementations indûment restrictives augmentera les pressions concurrentielles et garantira des conditions plus favorables aux entreprises jeunes et dynamiques. Il faut continuer d’avancer sur la simplification administrative pour faciliter l’entrée et la croissance des entreprises. En outre, les réglementations à l’entrée et certains codes de conduite restent stricts dans plusieurs professions règlementées – tels que les comptables, les notaires et les pharmaciens – ce qui pèsent sur la productivité et l’emploi. Pour veiller à ce que ces réglementations soient dans l’intérêt du public, il serait utile de revoir les réglementations existantes sous l’angle de la concurrence.

  • Une réduction du ratio des dépenses publiques au PIB est nécessaire pour améliorer la situation budgétaire et réduire les taux d’imposition à long terme, en particulier sur le travail. Les politiques de dépense du gouvernement devraient viser à ce que les investissements et les dépenses sociales soient mieux ciblés pour augmenter l’efficacité de l’administration publique. Simplifier le système fiscal soutiendrait également l’activité économique. Un certain nombre d’impôts à faible rendement affectent les entreprises et devraient être revus afin de simplifier le système fiscal. Les exonérations de TVA et les taux réduits sont considérables et certains d’entre eux bénéficient à trop peu de ménages à faible revenu.

Bibliographie

OCDE (2019), Études économiques de l’OCDE : France 2019, Éditions OCDE, Paris. https://doi.org/10.1787/10f0135f-fr

Boone, L. and A. Goujard (2019), La France, les inégalités et l’ascenseur social. https://oecdecoscope.blog/2019/02/25/la-france-les-inegalites-et-lascenseur-social/.

Akgun, O., B. Cournède and J. Fournier (2017), “The effects of the tax mix on inequality and growth”, OECD Economics Department Working Papers, No. 1447, OECD Publishing, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/c57eaa14-en.

Causa, O., M. Hermansen and N. Ruiz (2016), “The Distributional Impact of Structural Reforms”, OECD Economics Department Working Papers, No. 1342, OECD Publishing, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/5jln041nkpwc-en.




France, inequality and the social elevator

by Laurence Boone, OECD Chief Economist, and Antoine Goujard, Head of the France Desk, OECD Economics Department

The recent yellow-vest demonstrations could well be simply a variant of the regional and social divides potentially linked to the same trend towards a rejection of globalisation that has emerged in a number of OECD countries. That is probably partly true, but the reasons for this movement are also rooted in a profound inequality of opportunity. It takes more than six generations in France for a person at the bottom end of income distribution to reach the mean. More than 15% of 15-year-olds have poor numeracy and comprehension skills, which are likely to lead to difficulties in finding work later. Of all the OECD countries, only Hungary shows more social determinism than France.

Inequalities
of opportunity that are reproduced throughout the educational system and from
one generation to another

Contradicting
the oft-repeated assertion, France suffers not from insufficient income redistribution
but from an inequality of opportunity that perpetuates economic and social
situations from one generation to the next.
In
other words, the social elevator is broken and has been for some time. That
inequality of opportunity hits not only the poorest: it also to some extent affects
the middle classes.

Disparities between socio-professional categories and regions take
root at a very early age.
Although much early childhood education and care is provided
through the social system and with state support, only 30% of children in the
least well-off third of the population benefit from so‑called “formal” childcare
services (nurseries, daycare or qualified childminders), compared with nearly
60% for the population as a whole. It is partly a question of access: such
services are more or less well-developed depending on the municipality or
neighbourhood. Yet they are important factors in a young child’s early
learning, development and socialisation.

The disadvantages of a low-income socio-economic background persist at school. The OECD’s PISA studies assess the educational performance of 15-year-olds. The studies show that 15% of schoolchildren in France have low skills in reading comprehension and mathematics, one of the highest rates across OECD countries. They also show that the level of influence of social background on educational attainment is one of the highest among OECD countries. This is particularly true in mathematics, a subject which, as is well-known, has a considerable effect in France on access to the best educational opportunities. Here again local differences play a significant part, since it is more difficult to attract experienced teachers to some schools and some geographical areas concentrate pupils in difficulty.

Differences in educational level affect access to employment. The
proportion of young people not in education, employment or training (NEET) in
France is higher than the European Union average. Access to employment differs
considerably according to level of qualification, and the premium for the most
highly qualified is significantly higher than elsewhere. The employment rate of
those leaving the educational system with an average general-education diploma
(secondary or non-higher post-secondary) is 51%, one of the lowest in the
European Union (only Italy and Greece score worse). In contrast, the employment
rate for higher-education graduates is 83%, close to the EU average.

These differences in access to employment are persistent, not least because the lifelong learning system fails to remedy them among the low-skilled. The high proportion of low-skilled young people persists from one generation to the next and the proportion of low-skilled adults is also one of the highest in OECD countries: France ranks fifth among countries where adult skills are lowest as measured by PIAAC, the OECD’s adult skills survey. This is not corrected by access to training. First, the low-skilled are 50% less likely than others to have access to training. Second, the rate of participation in formal training in the array of available lifelong learning options is again one of the lowest among OECD countries. Recent reforms are seeking to change this situation, but much remains to be done. While recent one-off plans have helped to give the unemployed access to training, the same does not apply to the inactive.

Income gaps reflect disparities in access to employment and in taxation. In France, the
income of the poorest 20% of the population, as well as the median disposable
income, did not increase between 2008 and 2016. The targeted reduced rates of
social security contributions may have significantly lowered the cost of labour
for those on the minimum wage, but those contributions continue to weigh
heavily on the median wage. Employers’ contributions as a proportion of gross
wages are very low for the minimum wage (4% after the latest reductions), but
rise to 36% for the median wage, a unique gap among OECD countries. Although
this helps to provide welcome support for low-skilled jobs, it probably also
holds back the increase in income between the minimum and the median wage,
which may partly explain why there has been little gains in the purchasing
power of the low-paid.

Redistribution corrects the most flagrant inequalities but does little to benefit the middle classes. The redistribution system in France is extensive and does much to correct poverty through substantial transfers to the least well-off households. Nonetheless, income inequalities before taxes and transfers are high in relation to the OECD average. Taxes and transfers, including unemployment benefits and pensions, merely reduce inequalities in income distribution to the OECD average. That suggests less redistribution of transfers net of tax to the middle classes.

Substantial housing costs add to these
income disparities.
Housing costs are a major item of basic household expenditure, and
housing as a share of household consumption in France is higher than the
European average. Again, a substantial social housing stock and significant
housing benefits help to correct this for the least well-off households. Not
all such households receive them, however, and middle-class households even
less so.

In conclusion, redistribution
through taxes and social transfers is a powerful way of reducing income
inequality but substantial inequalities of opportunity remain, mostly linked to
the educational system.
Redistribution supports the standard of living of the poorest
households but fails to correct disparities in the middle of the distribution
range. Above all, it is not sufficient to curb inequality of opportunity linked
to socio-economic background or territorial inequalities. The urgent need to give everyone a chance to succeed will require
reform of the education system to ensure that through education and training every
child has an opportunity to advance, from early childhood and throughout his or
her life, and that every adult who has missed a step can catch up.
The next
OECD survey of France, to be published in April, will contain recommendations
along those lines.




La France, les inégalités et l’ascenseur social

par Laurence Boone, Cheffe économiste de l’OCDE et Antoine Goujard, Bureau France, Département économique de l’OCDE

Les récentes manifestations des gilets jaunes pourraient n’être qu’une variante des fractures territoriales et sociales potentiellement liées à un même phénomène de rejet de la mondialisation qui s’est retrouvé dans plusieurs pays de l’OCDE. C’est probablement en partie le cas, mais les raisons de ce mouvement trouvent aussi leur racine dans une profonde inégalité des chances. Il faut plus de 6 générations en France à une personne du bas de la distribution des revenus pour en rejoindre la moyenne. Plus de 15% des adolescents de 15 ans ont de faibles compétences numéraires et de compréhension, ce qui se traduira probablement par des difficultés d’insertion dans la vie professionnelle. Seule la Hongrie montre plus de déterminisme social dans tous les pays de l’OCDE que la France.

Des inégalités des chances qui se
reproduisent à travers le système éducatif et les générations

Contrairement à ce qui est souvent affirmé, la
France souffre non pas d’une trop faible redistribution, mais d’une inégalité
des chances qui perpétue les situations économiques et sociales de
génération en génération
. Dit autrement, l’ascenseur social est en
panne et depuis longtemps. Cette inégalité des chances ne frappe pas que les
plus pauvres : elle affecte aussi en partie les classes moyennes.

Les disparités entre catégories
socio-professionnelles et territoires s’ancrent dès le plus jeune âge
. Alors que le système social et les aides
publiques prennent en charge la garde des jeunes enfants de façon importante, chez
le tiers de la population le moins aisé, seuls 30% des enfants intègrent des
modes d’accueil dits « formels », crèches, halte-garderie ou
assistantes maternelles, contre près de 60% pour l’ensemble de la population. C’est
en partie une question d’accès : selon la commune ou le quartier où l’on
habite, ces modes de gardes sont plus ou moins développés. Or ils permettent le
développement dès le plus jeune âge des enfants, leur socialisation et leur
éveil.

Les désavantages d’un milieu socio-économique moins favorisé se poursuivent à l’école. Les performances des élèves de 15 ans sont mesurées par l’OCDE dans les études PISA. Celles-ci révèlent qu’en France, la part des élèves ayant de faibles compétences de compréhension des textes et des mathématiques atteint les 15%, soit parmi les plus élevées des pays de l’OCDE. En outre, les mêmes études PISA montrent que l’influence du milieu social sur les performances scolaires est parmi les plus élevées des pays de l’OCDE, et tout particulièrement en mathématiques, matière qui, comme on le sait, conditionne beaucoup l’accès aux meilleures filières éducatives en France. Là encore, les disparités territoriales jouent un rôle important, avec des difficultés accrues pour attirer des enseignants expérimentés et des concentrations d’élèves en difficulté dans certaines écoles et zones géographiques.

Les divergences de niveau d’éducation conditionnent l’accès à l’emploi. Les jeunes sans formation et sans emploi représentent une part plus importante en France que la moyenne de l’Union européenne. Or l’insertion dans le marché du travail est très différente selon le niveau de qualification, avec une prime nettement plus élevée qu’ailleurs aux hauts diplômés. Les sortants du système éducatif avec un diplôme moyen de la filière générale (du secondaire ou post-secondaire non supérieur) ont un taux d’emploi, de 51%, parmi les plus faibles de l’Union eEuropéenne (seules l’Italie et la Grèce font pire). Alors que le taux d’emploi des diplômés du supérieur s’élève à 83%, et se situe dans la moyenne de l’Union Européenne.

Ces divergences d’accès au marché du travail se poursuivent tout au long de la vie, notamment parce que le système de formation professionnelle ne permet pas de remédier à ces inégalités chez les moins qualifiés. La part élevée de jeunes peu qualifiés persiste à travers les générations et la part des adultes faiblement qualifiés est également parmi les plus élevées des pays de l’OCDE : la France se classe au 5ème rang des pays où les compétences des adultes sont les plus faibles mesurées par PIAAC, l’enquête d’évaluation des compétences des adultes de l’OCDE. Ce qui n’est pas corrigé par l’accès à la formation professionnelle. D’abord, les peu diplômés ont 50% moins de chances d’avoir accès à une formation que les autres. Ensuite, le taux de participation aux formations formelles dans l’éventail de formation professionnelle disponible est, là encore, parmi les plus faibles des pays de l’OCDE. Les récentes réformes visent à changer cela mais de gros efforts restent à faire : si des plans ponctuels ont récemment soutenu l’accès des chômeurs à la formation, cela n’a pas été le cas pour les inactifs.

Les écarts de revenus reflètent les disparités
d’accès au travail et la fiscalité
. En France, le revenu des 20% les plus pauvres, comme le revenu disponible
médian, n’a pas cru de 2008 à 2016. Le système d’allègement de cotisations
sociales a certes permis de réduire de façon significative le coût du travail au
niveau du SMIC mais les cotisations sociales continuent de peser lourdement au
niveau du salaire médian. Les cotisations sociales employeurs en part du
salaire brut sont très faibles au niveau du SMIC à 4% avec les derniers
allègements, mais celles portant sur le revenu médian s’élèvent à 36%, un écart
unique dans les pays de l’OCDE. Même si cela contribue à soutenir de façon
bienvenue l’emploi des peu qualifiés, c’est probablement aussi un frein à
l’augmentation des revenus entre salaire minimum et médian, ce qui peut
expliquer en partie la faible progression du pouvoir d’achat des travailleurs à
bas salaires.

Le système de redistribution corrige des inégalités les plus criantes mais bénéficie peu aux classes moyennes. Le système de redistribution en France est important et corrige bien la pauvreté via d’importants transferts vers les ménages les moins aisés. Néanmoins, avant impôts et transferts, les inégalités des revenus de la population sont élevées par rapport à la moyenne de l’OCDE. Le système d’impôts et transferts, incluant les prestations chômage et retraites, ne ramène les inégalités de la distribution de revenus qu’au niveau de la moyenne de l’OCDE. Cela suggère une moins forte redistribution des transferts nets d’impôts en faveur des classes moyennes.

À ces écarts de distribution de revenus, il faut ajouter des dépenses contraintes de logement importantes. Les dépenses de logement constituent un poste de consommation majeur pour les ménages, et la part du logement dans la consommation des ménages en France est supérieure à la moyenne européenne. À nouveau, ceci est corrigé par un parc de logements sociaux développé et par des aides au logement significatives pour les ménages les moins aisés. Cependant, non seulement tous les ménages les moins aisés n’en bénéficient pas, mais c’est encore moins le cas pour les classes moyennes.

En conclusion, la redistribution par les impôts et transferts sociaux est un puissant outil de réduction des inégalités de revenu mais les inégalités d’opportunité sont importantes, largement liées au système éducatif. La redistribution soutient le niveau de vie des ménages les plus pauvres, mais ne corrige pas les disparités au sein du milieu de la distribution. Et surtout, elle ne suffit pas à contrer les inégalités des chances liées au milieu socio-économique ni les inégalités territoriales. L’urgence de redonner la possibilité à chacun de réussir passera d’abord par une réforme du système éducatif, pour assurer que chaque enfant aura la chance de progresser grâce à l’enseignement, la formation, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie ; que chaque adulte qui a manqué une marche peut se rattraper. La prochaine étude de l’OCDE sur la France, qui sera publiée en avril, fera des recommandations en ce sens.




Improving life in France’s poor neighbourhoods

by Nicola Brandt, France Desk, Country Studies Branch, OECD Economics Department

While overall poverty is relatively low in France, it can be highly concentrated at the neighbourhood level. In some cases the income of up to 40% of households in such neighbourhoods falls short of the relative poverty line. Unemployment is high, many children struggle in school, housing and urban infrastructure is run down, and there is a lack of local employers, public and private services, and amenities. The French government targets education, employment, business and safety measures specifically at these areas. There are also dedicated policies to promote social mixing: municipalities in areas with tensions on the housing market have to reach a social housing share of at least 25% or face fines. A large-scale urban renovation programme aims to attract the middle class to poor neighbourhoods and re-locate some of their inhabitants in wealthier areas when dilapidated social housing estates are demolished and smaller units with a mix of tenures are built on their sites. Such policies are based on the idea that there can be neighbourhood effects, whereby a high concentration of poverty would reinforce and reproduce economic and social disadvantage. Indeed, in the United States children who moved away from neighbourhoods with a high concentration of poverty have been found to attain higher levels of education and earnings than their peers who stayed behind (Chetty et al., 2016; Chetty and Hendren, 2015).

While these results do not necessarily carry over to the French context, as poverty overall is much lower than in the United States and the social safety net is stronger, there is clear evidence that social disadvantage is reinforced for inhabitants of France’s poor neighbourhoods. Their unemployment risk can almost double compared to individuals with comparable characteristics who live in wealthier neighbourhoods (Figure 1). Studies show that this is partly due to discrimination – chances to be invited to an interview simply fall when a CV features a foreign-sounding name or an address in a poor area (Bunel et al., 2016; Petit et al., 2016). Another issue is that many poor neighbourhoods are remote and poorly connected to transport infrastructure and services. This is particularly true at unusual hours, which are more common among low-qualified workers. At the same time they are less likely to have a driver’s license or own a car. The recently released OECD Economic Survey of France concludes that active policies are needed to fight discrimination. This can include awareness campaigns for recruiters as well as mentoring and coaching for candidates to put them into direct contact with employers, which has proven to work well for university graduates.

Franceneighbourhoods1

The urban renovation programme has improved infrastructure, and many inhabitants are satisfied with the results, but the impact on social mixing is more questionable. Echoing the experience from other countries many inhabitants have been relocated to other high-poverty neighbourhoods. Moreover, mixing tenures is no guarantee for more social interaction (Posthumus et al., 2013; Lelévrier, 2013a and b). As the government plans to extend the programme the Economic Survey recommends to better integrate it with employment and social policies. Consultation with inhabitants about the planned projects should be used as an entry point to offer basic skills and language training. Renovation works themselves would be an opportunity to offer apprenticeship-style training for building sector jobs. Indeed, consultation needs to improve, and citizen councils introduced in 2014 to help to draft strategy documents for the economic and social development of poor neighbourhoods are a first step in that direction. Strong resident participation in designing and implementing renovation projects has been successfully practiced in Germany (Blanc, 2010), where self-directed rehabilitation is a common model, and more recently the United States (Kirszbaum, 2013), where residents of demolished sites now have a right to return.

France has run priority education programmes to devote more resources to schools with many disadvantaged pupils for more than 30 years, but the impact of socio-economic background on learning outcomes is still among the highest in the OECD (Figure 2). The OECD Economic Survey of France argues the introduction of various measures to enhance individualised support for struggling students has suffered from a lack of high-quality initial and continuing pedagogical training for teachers to ensure effective implementation. More has to be done to offer attractive pay and career prospects for teaching in schools with many disadvantaged children to attract and retain excellent teachers. While the premium for teaching in priority education schools has recently been lifted, it remains too low to stabilise teaching teams, and, until recently, some advantages for teachers in those schools actually helped them to leave faster, creating perverse incentives.

France2neighbourhoods1

Presentation: What policies for poor neighbourhoods?

quartiers defavorises

This discussion will be introduced by the author on  Friday 13 October at 9h30 at the Université Paris-Est Marne-la-Vallée.  A round table discussion will follow the presentation. The event is open to the public, for more information: http://www.tepp.eu/conferences/ contacts : samir.mellal@u-pem.fr‌

Bibliography

Blanc, M. (2013), “La gouvernance participative et la rénovation urbaine en Allemagne et en France”, 6èmes Rencontres du Réseau transfrontalier ’Participation Grand Est’, Strasbourg.

Bunel, M., Y. L’Horty and P. Petit (2016), “Discrimination based on place of residence and access to employment”, Urban Studies, Vol. 53, No. 2, pp. 267-86.

Chetty, R. and N. Hendren (2015), “The impacts of neighborhoods on intergenerational mobility: childhood exposure effects and county-level estimates”, https://scholar.harvard.edu/files/hendren/files/nbhds_paper.pdf.

Chetty, R., N. Hendren and L. Katz (2016), “The Effects of Exposure to Better Neighborhoods on Children: New Evidence from the Moving to Opportunity Experiment”, American Economic Review, Vol. 106, No. 4, pp. 855-902, April.

Kirszbaum, T. (2013), “Rénovation urbaine et équité sociale: Choice Neighborhoods aux Etats- Unis”, [Rapport de recherche] ISP; CNRS; Commissariat général à la stratégie et à la prospective; secretariat général du Comité interministériel des villes.

Lelévrier, C. (2013a), “La mixité dans la rénovation urbaine : dispersion ou re-concentration”, CAIRN Info, Paris.

Lelévrier, C. (2013b), “Social mix neighbourhood policies and social interaction: The experience of newcomers in three new renewal developments in France”, Cities, Vol. 35, pp. 409-16.

Petit, P., M. Bunel, E. Ene and Y. L’Horty (2016), “Effets de quartier, effet de département ; discrimination liée au lieu de résidence et accès à l’emploi”, Revue Économique, Vol. 67, pp. 525-50.

Posthumus, H., G. Bolt and R.Van Kempen (2013), “Why do displaced residents move to socioeconomically disadvantaged neighbourhoods?”, Housing Studies, Vol. 28, No. 2, pp. 272-93.




Continuing the reform process in France to improve job and income prospects

by Nicola Brandt and Pierre Guérin, France Desk, Country Studies Branch, OECD Economics Department

Economic growth is strengthening in France, supported by consumption and investment, and the labour market is gradually recovering, as past reductions of comparatively high labour and business taxes are starting to take effect. However, GDP and employment growth are still lagging relative to the euro-area average (Figure 1). As in many other OECD countries, a weakening of productivity gains is limiting the government’s ability to continue providing its citizens with a high level of social protection and good prospects for high-quality jobs and rising incomes. The new government is passing a major labour market reform. It is also reducing business and labour taxes on low wages and plans to strengthen workers’ rights to unemployment benefits, while tightening obligations to accept job offers. It intends to make the pension system more universal by aligning rights across different regimes, and ease access to high-quality vocational training and adult learning. This ambitious reform agenda can make an important contribution to securing stronger and more inclusive growth and job creation.

France2017ref1

High levels of public spending, while contributing to low poverty and good health care, requires burdensome taxes that limit firms’ ability to invest and create jobs. The new government has set an ambitious target to reduce public expenditures by three points of GDP by 2022. The recently released OECD Economic Survey of France proposes structural reforms that would help cut inefficient and non-essential spending, while better targeting public money where it is most needed. This includes lowering the relatively high public payroll, by not replacing every public servant who retires, reducing overlap in sub-central governments’ competencies and merging France’s often particularly small municipalities, aligning different pension regimes to increase transparency and reduce administrative costs, and gradually raising the minimum retirement age. In health care, improving prevention, while limiting unnecessary prescriptions and treatments would go a long way in containing spending growth, while preserving and further improving overall good health outcomes. Education spending needs to be better targeted at schools with many struggling pupils and public infrastructure spending should focus on poor neighbourhoods that suffer from poor connection to public transport.

Unemployment is still high, and spells are long, particularly for young people; too many of them are not in employment, education nor training. Those who do work often find it difficult to  begin their careers, as most new hires are on temporary contracts few of whom are transformed into permanent jobs. The ongoing labour market reform aims at facilitating negotiations in small firms and simplifies the governance of firm-level institutions representing employees. Also, the needs of small and medium-sized enterprises (SMEs) will be better taken into account as sector-level agreements will have to include explicit provisions for them. This will allow firms and workers to better adapt their working conditions to their specific needs and makes it easier for small and innovative firms to enter the market and grow, promoting productivity growth. Moreover, labour courts setting indemnities for unfair dismissals will now be constrained by a binding range.  Compared to other countries, indemnities in France are indeed particularly variable, and limiting their range will reduce uncertainty for employers regarding dismissal costs, reducing hurdles to hiring on open-ended contracts. However, the Survey also points out that the quality of France’s labour court procedures needs to improve. They  are unusually lengthy, and judgements are appealed in roughly 70% of the cases. One solution would be to introduce professional judges to support the lay assessors who currently handle the process. France is indeed the only OECD country besides Mexico where such legal actions are reviewed by lay assessors alone.

Too many French adults have weak basic skills (Figure 2). Access to training is hampered by a complex training system that is characterised by a large number of training and financing schemes.  The recently introduced personal training account (compte personel de formation, CPF) is difficult to use and provides access only to a limited number of training offers that differ by sector. The government intends to  implement a national vocational training plan of 15 billion euros.  To maximize the impact of that investment the Survey recommends improving information about providers  by strengthening  the quality label system so that workers become fully aware of the label and can understand it. The CPF should be simplified and give access to all training measures that have obtained a quality label. The number of competing schemes should be reduced to concentrate financing on one measure that works.

Fra2017ref2

Further reading

OECD (2017), OECD Economic Surveys: France 2017, OECD Publishing, Paris.




More competition for better economic outcomes in France

By Antoine Goujard,
Economist, Country Studies, OECD Economics Department

Strengthening competition would have positive effects on French competitiveness, employment, equity and well-being. The OECD (2015a) estimated that five sets of measures in the “Macron Law” – the reform of regulated professions, the extension of Sunday and evening trading, the opening-up of passenger coach transport, the simplification of redundancy rules and easier procedures for obtaining a driving licence – could potentially increase France’s GDP by 0.4% over 10 years. Streamlining entry requirements in some professional occupations and easing entry conditions for micro-enterprises, as recently announced, would also be good moves. However, there is scope to go much further and increase synergies with labour market reforms (OECD, 2014, 2015a and 2015b).

Over the last decade, France’s export market share losses have been slightly greater than those experienced by the other main euro area countries (Panel A). In particular, French export growth was relatively slow compared to its export markets before the global financial crisis in 2008 (Panel B). French wages have increased faster than labour productivity, and unit labour cost growth has exceeded the corresponding German rate (Panel C). This trend is mainly explained by developments in economic sectors that are partly sheltered from international competition (Panel D). Strengthening competition in those sectors would benefit all industries that use them as inputs in their production process and improve the cost-competitiveness of French exporting firms, their profit margins and investment capacities.

Changes in export market shares and unit labour costs

Fig_2_2_E.png

1.Difference between export growth and export markets’ growth, in volume terms (with export markets as of 2010).
Source: OECD (2015), Economic Outlook 96 and Productivity databases.

The OECD analysis highlights three main areas of reforms to improve competition, productivity and employment:

  1. Simplify the business environment.

Streamlining administrative procedures, including the tax system and government support for firms, together with improving public procurement practices, would allow substantial productivity gains and growth. The guidelines issued by the OECD (2011) should be used to systematically review existing regulations from a competition perspective according to a set schedule, and measures should be implemented rapidly.

  1. Continue to open up regulated professions.

For architectural, accountancy and legal services, barriers to entry and controls on practice in France were among the highest in the OECD in 2013. Streamlining entry requirements, opening further the capital ownership and increasing or lifting numerical quotas for selected professions would strengthen productivity and allow economies of scale and scope.

  1. Ease further retail regulations.

The new rules governing urban commercial development and Sunday opening remain unnecessarily complex. Urban zoning rules are still a constraint for large stores, and heterogeneous Sunday openings’ regulations distort competition and limit employment. Moreover, the sales of certain products, such as over-the-counter drugs, and the periods during which clearance sales can be held, are still tightly controlled.

 

Find out more:

Goujard, A. (2015), “Enhancing Competitiveness, Purchasing Power and Employment by Increasing Competition in France”, OECD Economic Policy Papers, No. 14, OECD Publishing, Paris.
OECD (2011), “Competition Assessment Toolkit”, OECD Publishing, Paris.
OECD (2014), “France, Les réformes structurelles : impact sur la croissance et options pour l’avenir”, OECD Publishing, Paris.
OECD (2015a), “France, Évaluation de certaines mesures de la Loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques et perspectives de futures réformes”, OECD Publishing, Paris.
OECD (2015b), “OECD Economic Surveys: France 2015”, OECD Publishing, Paris.